dinsdag 7 april 2020

Le Soir

«Fleurs de funérailles»: les poètes belges écrivent pour les morts

Près d’une centaine de poètes du nord et du sud du pays s’allient afin de dédier des poèmes funéraires à la mémoire de femmes et d’hommes disparus ces derniers jours. Première poétesse : Caroline Lamarche.

Réunis par Carl Norac, le poète national que la Belgique s’est choisi pour les années 2020 et 2021, près d’une centaine de poètes du nord et du sud du pays s’allient depuis jeudi passé afin d’écrire et de dédier des poèmes funéraires à la mémoire de femmes et d’hommes décédés ces derniers jours - et pas que du coronavirus. Confinement strict oblige, toutes et tous ont été enterrés de façon expéditive, le plus souvent sans rite ni cérémonie, au mieux en présence d’une assemblée extrêmement clairsemée. Bouleversés par la réalité de ces adieux souvent muets, toujours distants et privés d’embrassades, les poètes du pays ont tâché de puiser dans leurs mots de quoi mettre un peu de baume sur le cœur des endeuillés. Le nom de cette opération, historique sur le plan littéraire et remarquable du point de vue de la dignité humaine : « Fleurs de funérailles ». Le résultat tient en quelques dizaines de textes. A leur lecture, on sent que nos poètes, défiés par l’importance de l’événement, donnent le meilleur d’eux-mêmes, élaguent, taillent dans l’artifice, vont à l’essentiel. Il y a quelques miracles de textes, empreints d’émotions diverses, parfois de colère, souvent d’espérance (on dirait des prières... fussent-elles païennes), toujours d’empathie profonde. Oh, certes, ce ne sont que quelques mots. Que quelques vers. Et d’ailleurs, que peut un poème face à l’inéluctable ? Alors oui, cela ne pèse pas grand-chose. Cela ne nous rendra pas nos chers disparus. Mais si ce n’est pas grande chose, ce n’est pourtant pas tout à fait rien. Pour preuve : depuis le lancement de cette initiative bénévole, quelques familles de victimes ont fait appel aux poètes belges, via la Maison de la poésie de Namur, Les Midis de la poésie (Bruxelles) et VONK & Zonen (Anvers). La plupart des poèmes sont par ailleurs accessibles sur le site du poète national.

Caroline Lamarche  : «  Poème pour ne pas partir seul  »On naît entouré, mais peu,deux ou trois personnes suffisentpour vous aider à faire le cheminvers la lumière, le cri.On meurt entouré, mais peu,deux ou trois proches suffisentpour vous aider à faire le cheminvers le silence, l’ombre.C’est un temps d’exceptioncelui où l’adieu ressemble à l’arrivéesans que l’on puisse s’étreindre.C’est une saison d’exceptioncelle où le printemps ressemble au printempssans garnir de fleurs le lit, la chambre, la tombe.Sans fleurs, sans gestes, tu parsdans un linceul d’air et de vide.Seuls les bourgeons tendrement dépliéste célèbrent, têtus et pleins d’espoir.Le jour viendra où, grandis, sauvésde la menace du froidils mêleront leurs gestes fleurisleurs caresses de ventleurs semences pour demain.Le jour viendra où ils échangerontleurs souvenirs du temps où il fallaits’aimer sans mainsse toucher avec les yeux.Le jour viendra où nous aussiavec nos bras comme des branchesnos cœurs comme de l’aubier tendrenos mains comme des feuilles palpitantesnous nous toucherons,nous nous embrasseronsnombreuxfrémissantsenfin serrés autour de toi.